Georges Lautner – Une histoire de Famille

Quand j’entends Georges, je pense Lautner. C’est une histoire de famille ce gars là, qu’on s’transmet de mère en fille depuis la fin des années 50.
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Ton humour reste intact, il survit au temps qui passe, même perçu d’un regard différent aujourd’hui. Vieille France, famille et banditisme telle est la recette qui t’a rendu fameux et indispensable. Que ce soit en noir et blanc ou en couleur, tu as su imposer ta vision du cinéma. Pas eu besoin d’être nominé ou de recevoir un trophée d’un quelconque festival pour que ton public te soit fidèle. Dialogues acérés et répliques cultes tel est ton crédo pour nous faire rire en argot grâce à ton compère Michel Audiard, disparu bien trop tôt. Ton cinéma est familial en tout point, tu as eu à faire avec le père et le fils Blier à plusieurs reprises, ta mère aussi est passée par ton cinéma et puis tu as eu tes acteurs fétiches … Francis Blanche, Mireille Darc, Lino Ventura, Jean Lefebvre et Bernard Blier pour de réjouissantes retrouvailles sur plusieurs productions ! C’est qu’on s’y est attaché à ces gars là et à leurs histoires de  « bon coup » qui tourne mal. Les Tontons Flingueurs, Les Barbouzes ou Ne nous fâchons pas nous ont habitué aux fameuses répliques filmées en plan fixe, mettant en avant l’acteur. On se rappelle aussi bien de sa tête  que de ce qu’il dit. Qui ne se souvient pas de Lino Ventura dans le rôle de Francis Lagneau dire « Un barbu c’est un barbu. Mais trois barbus, c’est des barbouzes » ? Ou dans le rôle de Fernand Naudin « Les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les r’connaît » ? Georges, tu excelles dans l’art de ne pas te faire oublier ! Tu arrives même à me faire regretter de ne pas être née plus tôt pour avoir la chance de filer au ciné à chaque sortie d’un de tes films. J’aurais aimé connaître la France comme tu la décris !

À l’origine d’un chef d’œuvre:
Ma rencontre avec Lautner a débuté par cette lecture. Ému, il m’a répondu « j’aurais aimé être plus jeune pour te rendre cet amour ». C’est à mon tour d’être émue. Après ça nous sommes passés aux questions. On aura pas eu les réponses recherchées, mais autre chose de plus authentique. Quand nous lui demandons en quoi son cinéma est intemporel, c’est sérieux qu’il nous répond : « J’en sais rien moi, dis le moi, toi. ». Pourquoi la comédie policière ? «J’avais pas à choisir, j’étais pas seul mais entouré d’une équipe, et on avait tous envie de manger ! Si on n’avait pas travaillé on n’aurait pas mangé. Si j’avais pas mangé, je ne serais pas là ce soir. Alors, toutes les deux, souriez moi. ». Au moins c’est clair. Pour l’archétype du bandit, et bien : « Je ne connais pas le mot archétype. Je connais l’arc de triomphe par contre.» Que faire ? Parler de la Bande Originale ? «Avec Michel Magne il y avait une complicité affectueuse. J’ai aimé Bernard Gérard. J’avais une complicité avec tous les musiciens. C’est important la musique dans un film. Ça donne un climat, ça facilite la sensibilité des gens et d’autre part l’humour. J’adorais la musique ! J’ai d’ailleurs eu la chance de commencer avec le meilleur des musiciens de l’époque : Delerue. » C’est avec nostalgie qu’il nous raconte ses expériences et ses rencontres comme avec Michel Magne ou Michel Audiard. Si on lui parle du fils de son dialoguiste favoris, le réalisateur Jacques Audiard, il concède que « son père serait fier de lui. » Ce n’est pas pour autant qu’il va voir ses films qu’il juge « sérieux», et nous avoue qu’il a peur de « s’endormir devant ». Il y aurait été « si ils avaient été dans l’esprit de son père, avec le même humour destructeur. »  Il ne va plus vraiment au cinéma de toute façon : « je ne conduis plus. Ma femme oui. Mais quand elle conduit j’ai horriblement peur, alors je ne vais plus au cinéma ». 
Si on essaie de le faire parler de l’état du cinéma français actuellement avec les assises du 23 janvier, on obtient un : « C’est pas le 23 janvier qui est important, mais le 24 : c’est mon anniversaire. J’vous jure que c’est vrai ! Le débat sur le cinéma, j’m’en fous.» C’est vrai qu’en 87 ans, il a eu le temps d’en voir avant des films ! Il l’a déjà eu « l’amour de la comédie américaine. Un de [s]es films préféré est Vous ne l’emporterez pas avec vous, de Frank Capra. » Et il « l’a emporté avec [lui] ». Quant au dernier film qu’il a vu, « c’était hier soir (le jeudi 11 avril au Gaumont ndlr), les Tontons Flingueurs. Je ne l’avais pas vu depuis des années, et ça m’a plu». Un homme « lucide », pour une rencontre sans concession. On y découvre un peu plus le personnage, qui est à l’image de ses films, et qui ponctue ses réponses par des « quand je vous vois, je perds ma tête ». C’est curieux chez le cinéaste, ce besoin de faire des phrases. Mais ce n’est pas pour nous déranger, on serait bien resté une heure de plus à l’écouter.

Lautner en dates et en chiffres :

-naissance le 24 janvier 1926 à Nice
-1949 : second assistant de Sacha Guitry pour Le Trésor de Cantenac
-1958 : réalisation de son premier film, La môme aux boutons
-1960 : première collaboration avec Bernard Blier pour Marche ou crève
-1963 : sorti de son film culte, Les Tontons Flingueurs et début de sa collaboration avec Michel Audiard
-1970 : Laisse aller, c’est une valse, début au cinéma de Coluche
-1985 : mort de Michel Audiard, fin de leur collaboration
-1992 : dernier film réalisé pour le cinéma, L’inconnu dans la maison

44 films en tant que réalisateur
5 films en tant qu’acteur
1 film en tant que producteur

collaboration d’Elsa Fardet pour les questions posées,
Article issu d’un projet intitulé Le Canard qui Rit : journal papier réalisé avec le lycée Saint Sernin (Toulouse, 31) dans le cadre du Festival Zoom Arrière que je remercie pour m’avoir permise de rencontrer M. Georges Lautner

Deux questions à Shaka Ponk

Merci les Francos, (surtout Louise) pour cette rencontre avec Shaka Ponk sur un catamaran. En les voyant aussi calme l’après midi, on ne peut imaginer que le show sera aussi explosif le soir !

Quand on regarde votre travail, on voit qu’il est beaucoup basé sur l’imagerie, pourquoi ce choix ?

Avant même que Shaka Ponk ne soit un groupe, on était un sorte de collectif de potes se rejoignant le samedi soir pour boire des coups tout en faisant des créations : des mélanges de sons et d’images. Petit à petit, on s’est exilé à Berlin, le noyau dur du collectif, ce qui nous a poussé à former un groupe de rock, pour continuer à exister, peut être, même si tout cela s’est fait naturellement. C’est pour ça que l’image reste un élément fort du groupe et que l’on continue de tout faire nous même, que ce soit les clips, les pochettes de disques, le site internet ou même la réalisation des disques. On prend du plaisir à galérer car on ne sait pas toujours comment faire, mais on essaye. Parfois on y arrive, d’autres fois on arrive à quelque chose de très différent de ce que l’on avait en tête, mais ça marche. C’est ce mélange son et image qui nous motive et qui est là jusqu’en concert où il y a des écrans partout avec beaucoup de visuels et de grandes interactions entre les personnages virtuels, nous et le public.

Justement, à vos début vous étiez à Berlin, qu’est ce que cela vous a apporté ?

Déjà, ça nous a beaucoup soudé. Il faut savoir que lorsque le collectif s’est exilé, on n’est pas directement parti avec eux, on était plutôt de passage. Ce qui est sûr c’est qu’avant Berlin, le groupe n’existait pas vraiment et là bas il a fallu tout faire pour exister, pour s’en sortir et gagner un peu d’argent pour se nourrir et se loger. Après c’est un peu honteux, mais à la base si on est venu vivre à Berlin, c’est parce que les loyers étaient moins cher, mais aussi car Berlin est une ville où la culture est incroyable, si on aime bien l’art contemporain, par exemple… Tout ce qui a trait à l’art est accentué. Il y a une grande liberté de ton et une mentalité très particulière. Tu peux rencontrer facilement des artistes. Ils sont accessibles, alors qu’en France c’est plus hiérarchisé, c’est à dire qu’ à Berlin, tu peux croiser Marilyn Manson dans un bar et aller lui parler. Et puis, il n’y a aucun préjugé, les gens ne se prononcent pas avant d’avoir vu ou entendu quelque chose, tandis qu’en France rien qu’en entendant un nom de groupe on se permet de dire que l’on aime ou pas sans vraiment connaître. En plus, avant d’arriver, on avait déjà tenté de présenter le projet en France, mais les gens ne comprenaient pas ce côté son/image et les labels n’envisageaient pas de trouver un singe sur la pochette, alors qu’à Berlin, tout le monde était plus ouvert. Maintenant ça a changé, avec le net, tout s’est démocratisé et ça a permis de faire connaître plein d’artistes, sans avoir besoin de passer par les gros médias. Tout le monde peut tenter de partager un peu de musique … Ça nous a bien aidé aussi, comme on avait beaucoup d’images ça nous a permis d’être très présent sur Internet, ça tombait à un bon moment.

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