Rêves sous insomnie 

Diurne sont mes nuits, nocturnes sont mes jours.
Abasourdie par l’insomnie, incapable de m’immerger dans le noir total, ma tête reste en suspends dans les étoiles, sans pouvoir y toucher, pouvant seulement les voir. Perdue dans cet espace sans fin, seul mon cœur invisible continue à se mouvoir dans un battement indicible.
Et, sans crier gare, enfin, elle apparaît.
Si proche et si loin, sa destinée ne tarde pas à m’émouvoir. Dépendant, ce satellite terrestre se meut pourtant dans son isolement.

Lune,

chimère empreinte de mystère,
qui nous éclaire
à l’instar de ces paillettes incandescentes à la chaleur lointaine.
Seulement, de leur feu mythique elles parent de misère
cette compagne de la terre,
lui enlevant le charisme et l’éclat de l’inconnue distance.

Sur cette sphère, reflet de lumière, l’humain a posé ses pieds, et là haut, ses yeux ébahis fantasmaient déjà sur ces poussières étincelantes, mortes ou vivantes, pour lesquelles il ne demanderait qu’à brûler ses ailes.

Dans mon univers , lune et étoiles se distinguent. Si les astres m’appellent, jamais je n’oublierai cette fascination première, voyage rêvé de Méliês, méritant toujours toute mon attention. Telle une vieille amie, elle restera un perchoir de ces soirées sans sommeil, autour duquel il est bon de graviter ou de s’asseoir.

 

Un quotidien emporté par le vent

En relisant Nick Hornby et les premières pages de son 31 songs, une phrase m’a stoppée nette : « quand on aime une chanson, quand on l’aime assez pour la laisser nous accompagner tout au long des différentes étapes de notre vie, la répétition gomme tout souvenir spécifique. »
Il est vrai que la répétition ne laisse aucune place à la précision. Comment se souvenir de chaque instant où ses notes et ses mots nous ont bercés ou animés? Les nouvelles technologies, les services de streaming, la dématérialisation de l’objet ont rendu d’autant plus naturelle cette répétition pour la pousser à son paroxysme. Il est aujourd’hui encore plus aisé d’épancher sa soif de musique, de subvenir à ses pulsions extrêmes, à son musicomanisme de cette substance enivrante. Y revenir n’aura jamais été aussi facile et pourtant… Pourtant, des artistes, des albums et des chansons bien que réécoutées à outrance ramènent à des instants, à des moments comme leur découverte ou un évènement marquant.
Certes, ces fragments sonores n’y sont pas les uniques ports d’attache, mais des balises auditives au pouvoir de remémoration tout aussi puissant qu’un goût ou une odeur. Si une atmosphère peut renvoyer l’espace d’un instant dans un lieu précis, la musique aussi.
Pour cette raison, mes lettres choisiront régulièrement au gré de l’envie et du moment, des morceaux qui ont marqué de manière durable ma vie et qui risquent encore d’y laisser une empreinte pérenne.

Le vent nous portera, premier lien avec ce Noir Désir qui reste tatoué dans mes gènes. Un bruissement me suffit à reconnaître cette pièce de mon enfance si souvent jouée à la maison. Jeune, poreuse à chaque découverte, l’aspect redondant de l’écoute évoque chez moi l’odeur du plancher, la froideur du carrelage de cette grande salle divisée en deux, et le canapé recouvert d’un tissu léopard. Mes parents si jeunes, et surtout ce salon qui me paraît si grand. Puis la chaîne hi-fi et les caisses de disques. Ma mère qui chantonne, puis mon père qui m’explique que c’est un groupe qui l’a marqué, lui qui est bordelais. L’histoire et les images se répètent, un quotidien emporté par ce vent…
Puis un jour, c’est le drame dans mes montagnes. Cette voix si appréciée est à l’origine d’un acte qui me glace le sang… et pourtant la musique reste, subsiste et ne peut s’empêcher de continuer son chemin dans mon quotidien.

Le temps passe, les goûts changent, mais Noir Désir ne trépasse. D’autres titres se font une place. L’homme pressé lui aussi entendu depuis des années marque un de mes étés au bord de l’eau et la rage de l’adolescence. À l’envers À l’endroit et ce constat, cette mélancolie et ce mal inextricable que le groupe expie. Ce mal matérialisé dans l’immatériel.

Cette tristesse et l’ennui de la campagne en plein été. Le paradoxe de la beauté de cet ennui qui éveille la curiosité, et favorise la lecture.
Noir Désir réveille tellement de lieux et de couleurs. Le vert tendre de l’herbe dans laquelle se mire le soleil; le bruit des abeilles et l’odeur de terre humidifiée par la rosée. Les balades tardives et la douceur des habitudes passées.
Et Marlène en 2012 qui synthétise ces années. Marlène et ces cœurs qui saignent, Marlène et cette urgence.

Mais au final, que reste-t-il? Cette envie irrépressible d’être envoyée dans ce Bordeaux effervescent d’un début des années 1990 fantasmé. D’un monde passé où Bertrand Cantat n’était connu que pour sa musique, et dans lequel les squattes culturels vivaient leurs meilleurs moments.
Noir Désir, c’est une époque terminée où le rock en français avait la place d’exister. Où la colère grondait sous la plume de certains auteurs, où la rage s’accordait à la vigueur des instruments, où l’on s’exprimait par le biais de cette poésie chantée et maintenant datée.
Noir Désir est un souvenir qui a encore de beaux jours dans les abysses de ma mémoire, et la porte ouverte à ma nostalgie.

 

Poésie

Il y a quelques semaines j’ai eu une rédac’ en français dont le sujet m’a plu donc je vais en faire un article : il fallait défendre son goût pour la poésie. Sans forcément le défendre je vais au moins faire part de mon attirance pour ce genre littéraire !

J’entends trop souvent que la poésie est un genre littéraire difficile, réservé à un public prétentieux, arrogant, n’aimant que ce que l’on qualifie de « classique ». Je crois que ceux qui pensent ça ne se sont jamais vraiment renseignés sur le sujet et n’ont jamais ouvert un recueil de poésie ne serait-ce que par curiosité !

Commençons par le commencement: Qu’est ce que la poésie ?

La poésie est un genre littéraire apparu dés l’Antiquité, et qui a donc traversé beaucoup d’époques ! Un poème classique est composé de vers commençant par une majuscule qui sont répartis en strophes. Les vers possèdent des mètres variables dont le plus courant est l’Alexandrin. Les strophes, elles-aussi portent des noms particuliers selon le nombre de vers qu’elles comportent, il existe le quatrain et le tercet par exemple , qui comportent respectivement 4 et 3 vers. Bref, ce sont vraiment des bases censées être connues par tout le monde, mais comme on dit, « on sait jamais ». Donc je ne vais pas m’attarder là dessus.

Comme la poésie a traversé le temps, elle est aussi passée par différents mouvements artistiques qui l’on fait (re)naître sous la plume de beaucoup de poètes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle n’est pas cantonnée à la déclaration amoureuse de Ronsard, elle survole beaucoup plus de sujets comme la jeunesse, la douleur, le voyage, etc.

Le mouvement romantique avait déjà donné un second souffle à la poésie avec Victor Hugo qui aurait disloqué « ce grand niais d’Alexandrin » mais qui l’avait surtout remis au goût du jour. Justement c’est un des ses ouvrage, Les Contemplations paru en 1856 qui montre bien que la poésie peut aussi bien exprimer joie, amour, espoir et douleur.

Loin de s’arrêter à V. Hugo le 18ème siècle voit éclore moult poètes moins connus mais tout aussi talentueux comme Jules Laforgue qui a notamment écrit Veillée d’avril, un poème que très beau qui parle du manque d’inspiration, sujet assez paradoxal quand on voit le résultat:
 Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.

Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,

Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves,

Je tords mon cœur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or.

Et voilà qu’à songer me revient un accord,
Un air bête d’antan, et sans bruit tu te lèves
Ô menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

  Après le 19ème siècle, c’est au 20ème siècle que les écrivains révolutionnent totalement la poésie en lui attribuant une forme plus ludique qui la rend plus accessible. Un de ces poètes, Guillaume Apollinaire, a inventé un terme, Calligramme(s), qui désigne des poèmes où les mots prennent la forme d’oiseaux, de fontaines … et qui est surtout le nom d’un de ses recueils que je trouve génial à lire et à voir (voir image ci-dessus).

  Blaise Cendrars jouait lui aussi avec les mots, que ce soit avec la police ou en inversant le sens des lettres, là aussi la forme du poème est très différente, il est présenté en vers libres. Cendrars traite de sujets qui sont loin de s’apparenter avec ceux généralement associés à la poésie, comme le cirque.

 Chez les poètes, tout n’est pas non plus beau ou juste mélancolique, la noirceur existe comme chez Baudelaire. Rien que les premiers vers « du vin de l’assassin« , issu des Fleurs du mal, suffisent à trancher avec n’importe quel cliché que l’on pourrait avoir:

Ma femme est morte, je suis libre !                                                                                                                                            

Je puis donc boire tout mon soûl.                                                                                                                                              

Lorsque je rentrais sans un sou,                                                                                                                                                  

Ses cris me déchiraient la fibre.

  Afin de conclure, je dirais que la poésie est un genre vaste, ouvert à tous et pouvant toucher beaucoup de sensibilités différentes. Que vous ayez l’âme romantique, artiste ou rebelle, il y aura au moins un poème qui vous correspondra.