Immersion dans l’hiver

Depuis des mois, des bouts d’articles se pressent sous mes doigts. Des myriades de mots accoudés les uns aux autres, qui attendent sagement leur tour, et qui n’ont pour l’instant pas été publiés. Les idées ne manquent pas, les convictions non plus. Pourtant, de cette peuplade inaboutie, c’est la musique qui triomphe la première, avant la suite. 

Il m’aura fallu la sortie d’un album, la voix d’une femme pour me perdre dans les méandres de notes entremêlées de souvenirs, qui sur le coup semblèrent réels. La mémoire tactile, la mémoire olfactive, la mémoire visuelle amenées par celle auditive. L’empreinte du froid sur la peau, les joues brûlantes, et la chaleur d’un appartement. La douceur d’après-midis volées à l’hiver, aux tempêtes de neige s’abattant sur la ville.

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Montréal vu d’un studio de danse à l’Université Concordia – Mars 2017 – Louison Larbodie©

Nous voilà plongés au cœur de la période la plus ambivalente de Montréal. Mars et son temps changeant, porté par la voix rassurante de Charlotte Cardin, tantôt plaintive, tantôt emportée, et surtout séduisante. Cette voix que deux de mes acolytes récurrentes me firent découvrir quelques semaines avant, et qui a été la trame sonore parfaite de nos questionnements, nos ambitions et nos projets menés à l’envolée.
Danser de tout son soûl pour l’une, dessiner pour l’autre, et photographier ensemble. S’inventer modèle d’un jour, se laisser emporter par la folie d’un moment, d’un mouvement. Transformer la complexité de nos vies en un désordre jouissif, où nos humeurs changeantes pouvaient s’exprimer avec avidité.

L’album continue de défiler, et avec du recul traduit tant de phases de ces tempêtes intérieures menées au creux de nos appartements. Les titres se succèdent, et finissent par laisser place à une radio. C’est le timbre de Jean Leloup qui teinte alors la pièce et qui y dessine une autre atmosphère. Cette envie écorchée de créer, de vivre pleinement et sans concession, jusqu’à s’épuiser de nos excès. C’est une frénésie partagée qui nous a aidés à nous construire, à rire, à tenter, à se balancer entre plusieurs fils, et à sans cesse nous réinventer : couturières, interprètes, écrivaines, apprenties cinéastes. Tant de destins croisés en si peu de temps et d’espace. Tant de casquettes à enfiler et à enlever selon les envies.

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Un peu de lumière – Avril 2017 – Shan Sarasola©

Malgré son intensité, cette ville donne vie à tant d’ambitions, à tant de projets spontanés et à la créativité. Mais par dessus tout, avec son hiver mordant, Montréal c’est la solidarité entre toutes ces vies qui s’enrichissent mutuellement, pour se réchauffer dans cette ville en noir et blanc, au climat peu accueillant.

Finalement, c’est Charlebois qui aura le dernier mot, celui du réconfort : « Un jour je reviendrais à Montréal. »

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Le même réconfort que les chaussettes de Myriam et un rayon de soleil par -15°C – Mars 2017 – Louison Larbodie©

 

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