Le mal du 21e siècle

Hier matin, après une courte nuit, le réveil fut difficile. Non pas à cause des nombreux shots ingurgités pour s’anesthésier, mais à cause de la nouvelle devenue réelle.
Désespérée, excédée, j’étais prête à renier certaines de mes valeurs en me commandant un uber quid de la société capitaliste ubérisée.

La peur au ventre, la rage au cœur mes idées s’embrouillaient pêle-mêle. Sous le coup des émotions, ma raison me faisait défaut, animée par un mauvais pressentiment dû à cette prise de pouvoir populiste. Brexit, Hongrie, coalition espagnole, Turquie, etc.¹ Tant d’éléments suivis de loin s’ajoutèrent à la débâcle nocturne.

Alors au moment de partir, un choix, aussi minuscule fût-il, changea mes perspectives. Prendre le bus et marcher, plutôt que de commander un uber. Marcher et observer le quotidien, ce quotidien dans lequel nous sommes enfermés qu’on le veuille ou non. Se canaliser, aérer ses neurones, et réfléchir.
Des bribes de cours d’histoire remontèrent à ma mémoire. D’un sentiment d’horreur exponentiel, je me suis mise à dresser des parallèles. L’histoire, bien qu’instrumentalisée,  devrait nous laisser certains enseignements.
Ce n’est pas la première fois que le populisme atteint le pouvoir démocratiquement, alors qu’il est tourné à la dérision. Pourquoi continuons nous alors à sous-estimer l’impact qu’il a sur une population marginalisée, peu écoutée et sous représentée ?
Nous vivons tous dans des vases clos. Dans des sphères qui se côtoient, pour ne pratiquement jamais se rencontrer. Le problème est peut-être là.

Nous discutons peu avec des personnes qui ont des avis divergents des autres. Et quand c’est le cas, nous préférons nous enfermer dans un dialogue voire un discours de sourds plutôt que de prendre sur soi pour écouter, et essayer de comprendre. Si l’on ne comprend pas, jamais nous ne pourrons endiguer certaines problématiques.

L’autre pierre angulaire à ne jamais délaisser est celle de la réflexion. Quitter le domaine des émotions et rationaliser. C’est le seul moyen de trouver des solutions, qui ne viendront jamais au détour de conversations stériles.
Pour cela, il ne faut pas oublier de se nourrir. Intellectuellement oui, mais aussi de celui que l’on rencontre. Chaque humain a son mot à dire, et du moment où on le réprime il se tourne vers celui qui enfin l’exprime. Parler pour essayer de contrer la radicalisation.

Rien ne se joue sur une seule élection si on le décide, en revanche tout peut se jouer sur l’inaction et la passivité. Alors peut-être qu’un autre des aspects à privilégier est l’engagement.

Celui-ci ne se cantonne pas à une seule forme. S’engager, c’est déjà décider de ne pas fermer les yeux. C’est décider de ne pas laisser gagner un parti dont on ne veut pas. Parfois en faisant preuve d’abnégation et en votant pour le moins pire. Ça fait mal, mais si on veut que les choses changent il faut justement faire en sorte de construire autre chose. C’est penser plus loin que ce vote, et continuer d’avoir espoir. Car sans espoir le monde avancera dans le noir, et il est certain que si orange is the new black, c’est loin d’être un idéal souhaitable au monde entier.
S’engager c’est aussi arrêter de se dire que le statu quo est inébranlable. C’est arrêter de se cacher ou de se réfugier dans le confort d’un canapé et face à un écran.
S’engager peut débuter dans l’ouverture d’un livre et continuer dans le soutien de médias indépendants. S’engager, c’est également faire l’effort de chercher. Si on ne se réfère qu’aux grands médias, il faut considérer que l’on n’est pas à l’abri de la « fabrique du consentement »², ce qui revient à dire de la construction d’une opinion publique appuyant la conservation de certains privilèges. Chercher son information, c’est s’ouvrir à une autre vision. C’est user de notre liberté d’expression et d’opinion.
C’est raisonner sur l’impossible.

Dans les temps violents que nous vivons, il faut essayer de prendre du recul quoiqu’il arrive, même lors d’attentats. Chercher à saisir le sens d’une telle action malgré l’envie de haïr et de pleurer. Si l’on ne cherche pas à voir les motivations, comment éviter la reproduction d’un tel schéma ?

S’engager c’est aussi arrêter de déshumaniser l’autre, qui est un autre nous bien qu’il soit extérieur à nous. L’humanité est un tout, sans distinction physiologique. L’humanité se pense, comme nos identités, la souveraineté de nos États ou ce qui nous effraie. La peur est un problème qu’il faut accepter pour le surmonter. La peur empêche de construire, détruit et fait souffrir, bien qu’elle soit nécessaire pour survivre.

Les émotions nous rendent humains, faisons en sorte qu’elles ne détruisent pas l’humanité. Nous avons la chance d’être doté d’un cerveau, servons nous-en.

 

¹Pieiller, Evelyne. « Le beau Danube noir ». Le Monde Diplomatique. Novembre 2016, p.22-23.
² À ce sujet : Stauber, John, Rampton, Sheldon. « Art de l’arnaque et science de la propagande ». Chap. 2 In L’Industrie du Mensonge. Relations publiques, lobbying et démocratie. Agone : 2012. Première parution 1995. 432 p.
Le chapitre 2 résume assez bien le sens de la fabrique du consentement. Sinon lire Manufacturing Consent, d’Herman et Chomsky ou voir le documentaire d’Achbar et Wintonick sur Chomsky datant de 1992. Ou se renseigner sur Walter Lippman et Edward Berneys.

 

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