Chronique d’un festival à Montréal #3

Le troisième et dernier soir de la 8ème édition d’Osheaga requiert une multitude de superlatifs afin d’être perçu dans sa totalité. Après les deux jours précédents, on ne divague plus entre les scènes en terrain inconnu, ce qui rend les déplacements beaucoup plus rapide, et permet de se ficeler un programme bien complet.

Avant même d’avoir pu avaler quelque chose, c’est à 13h35 que je débarque devant Odezenne, groupe de hip hop Bordelais et Parisien, ramené sur place en collaboration avec le Garorock (47). Malgré le manque apparent de personnes pour assister au concert, le quatuor ne se laisse pas démonter et compte bien faire réagir la poignée d’auditeurs. Avec leurs danses frénétiques, ils arrivent à occuper agréablement la scène. 14h15, fin, enfin le temps d’aller se restaurer.

Un vrai soulman ce Charles Bradley, avec sa voix rocailleuse qui ravive le flambeau de l’espoir. Un bon danseur aussi, étonnant à 65 ans ! Avec la souplesse féline qui l’accompagne. Et puis un public exalté, et par dessus tout un temps menaçant qui s’est avéré clément le temps de ses chansons. C’est peut être cliché mais l’homme est littéralement solaire sur son territoire. Si on résume c’est face à un showman à l’ancienne que l’après midi s’est continué dans la plus grande joie.

Après un court interlude pluie, il faut ressortir pointer le bout de ses oreilles. Sur le chemin pour retrouver la scène Piknic Electronik, je profite distraitement de Big Boi, qui semble servir un rap vivant, au profit de Gramatik. Les enchaînements sans failles desservent un électro puisé de sources tel Django Rheinardt et son Minor Swing. Parfois à la limite dubstep, le son reste sur la durée plutôt funky et groovy, yeah baby.

Au passage, j’arrive à glaner quelques fractions des Lumineers, qui usent d’une folk mignonne. Proche du public, c’est un live plus détendu, mais qui ne décèle pas d’originalité, en tout cas pas pour ceux qui les découvrent au détour d’une scène.

19h, heure de l’implosion générale. Kendrick Lamar entre sur scène, en toute simplicité, sans avoir besoin de tout un attirail digne d’un show à l’américaine. Rappeur, voilà ce qu’il est, et il ne vient pour rien d’autre que pour partager son hip hop. Il a bien raison, car la masse qui s’entasse et se presse, a l’air d’en être ravie. Ça fait même plaisir à voir, autant de gens qui comprennent en chœur l’essence même du hip hop. Tellement que ça prend aux tripes, qu’on se laisse embarquer par son charisme, et surtout par son débit, carrément audible, et dont même un novice en anglais peut discerner des phrases. C’était même fucking crazy de voir 40000 personnes rendre l’instant encore plus vivant.

Kendrick Lamar // Osheaga // lapresse.ca

Kendrick Lamar // Osheaga // lapresse.ca

Les bons moments ne s’arrêtent pas après l’évènement. When a Fire Starts to Burn retentit au loin, et c’est en courant que je m’en vais rejoindre Disclosure. Anglais, ils le sont, ça se sent, puisque s’est inscrit dans leur ADN musicale. La plupart des titres joués sont issus de l’excellent Settle, mais malheureusement par moment ces jeunes étoiles ne brillent pas assez fort pour nous irradier et nous garder dans leur lumière. White Noise aura tout de même réussi à maintenir une énergie fusionnelle dans la fosse, où filles et garçons ondulent au rythme du featuring avec AlunaGeorge, dans une atmosphère joviale. La surprise ? Jessie Ware, jouant plus tôt dans l’après-midi est venue rejoindre les deux DJs pour Confess To Me, qui a marqué d’un point d’orgue leur live.

New Order // Osheaga // montrealgazette.com

New Order // Osheaga // montrealgazette.com

Les secondes s’égrènent, New Order entame Blue Monday, j’y suis dans un timing parfait. Au milieu de tous les adeptes, le titre sonne dans toute son importance. La nostalgie submerge tous ces papillons de nuits émerveillés par ces compères résistants au poids des ans. Même si Bernard Sumner a perdu de sa voix, et ne peut rivaliser avec Ian Curtis sur les morceaux de Joy Division, ils avancent en terrain conquis. L’hommage au défunt et mythique artiste touche tous les fans. Conclusion en beauté sur Love Will Tear Us Apart oblige, on ne pourra effacer ce nouvel ordre du paysage musical.

Malgré l’intime conviction que j’allais finir le festival sur Mumford & Sons, la vie festivalière en a décidé autrement. Pretty Lights a remporté le match, sans regret. Un vrai show light très efficace de nuit, qui va de pair avec la réutilisation de samples hip hop, voire même soul.

La poire coupée en deux, c’est ensuite vers Hot Chip, que mes pieds se dirigent. C’est sur le rock et la pop que tire l’électro des anglais. Le tout envoie grave, et permet de clôturer le festival dans l’euphorie ambiante, digne de la période estivale.

On dit que les voyages forgent la jeunesse, alors qu’en est-il de ces festivals où l’on est obligé de décoller de chez soi, pour en prendre plein la face ? Français, françaises, gens de par delà le monde, venez au Québec, venez à Montréal, et surtout venez à Osheaga, c’est une valeur sûre, espérons que ça dure !

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