La mélodie du rire

En dehors des répliques, des gestes ou des actions, quelque chose de plus nous amène à rire. La musique peut être d’une grande aide.

Rire c’est beau mais aussi en BO. Tati et Lautner deux vieux d’la vieille du cinéma français comme on l’aime, nous ont toujours amusé en musique ! La bande son est un instrument pouvant aider à se taper une pinte de bon sang. Le truc, c’est qu’on ne sait pas toujours à qui nous la devons.

Le comique de geste :
Tati, ô Tati ! Mime pendant un long moment, il s’inspire de ce genre théâtral pour le porter à l’écran. Ses œuvres cinématographiques rappelleront à tous notre cher Charlot, ce clown muet, cet adepte du comique de geste.
En 1949, voici venu le Jour de Fête, merci Jean Yatove pour ces morceaux de bonheur. Un orgue de barbarie vient sucrer l’atmosphère paisible d’un petit village du centre de la France, annonçant la venue de la fête annuelle, tant attendue. Tati capte à merveille les cafouillages du quotidien de St Sévère-sur-Indre, bouleversé par l’arrivée claudiquante des forains. Musique de guinguette, fanfares, valses, tout rappelle la France pittoresque d’autrefois. Ah ! Le facteur titubant sur son vélo ! Que ses maladresses sont drôles ! Une musique virevoltante (flûte et carillons) l’accompagne à merveille. La femme jalouse « engueulant » Roger avec la musique des manèges en fond trace un contraste entre l’action et le son. Les scènes enchevêtrées de fanfares et de fête marquent une nette opposition entre l’univers belliqueux et l’innocence. Un jazz cadencé et rapide accompagne la si comique « tournée à l’Américaine » de François le facteur. Un accordéon mélancolique vient s’ajouter au thème forain de départ. Quand la fête est finie, le calme revient.
En 1953, après le rôle de François, Tati prend des vacances accompagnées par Alain Romans. Avec Monsieur Hulot, Tati laisse les dialogues au placard et nous permet de nous concentrer sur la malchance attendrissante et hilarante de cet homme. Le générique est une introduction qui nous immerge dans les vacances des années 50. Il est entrecoupé à intervalles réguliers entre le bruit des vagues et les va et vient du jazz. Ce thème intitulé Quel temps fait il à Paris? rythme inlassablement les jours qui passent. Le jazz nourrit le film de différentes manières et y apporte une dimension esthétique. Il accompagne les scènes en noir et blanc les sublimant.
Qu’en est-il de la nuit ?
Le swing, genre musical tout nouveau à l’époque cause le chaos dans les habitudes de la bourgeoisie des années 50. Il est considéré comme une musique subversive et non adaptée à la classe sociale à laquelle ils appartiennent. Ou au contraire, de la musique classique vient apaiser la nuit. Pourquoi, ce mélange des genres ? Tout simplement parce qu’Alain Romans avait une formation classique et qu’après des collaborations avec Joséphine Baker ou Django Reinhardt son amour pour le jazz et le swing est né.

Comique de mot :
Autre grand cinéaste du XXème siècle, Lautner est au contraire un adepte du cinéma de parole. Comme chez Tati, la musique prend une place importante dans ses films, mais différemment.
En 1963, Michel Magne, compositeur et musicien français réalise un thème unique pour les Tontons Flingueurs. Pas de Corelli, que nenni, mais bien lui aux manettes de ce joyeux refrain. Le générique s’inscrit d’emblée dans les années 60. Yéyé à souhait, il annonce la couleur. Soirée chez Patricia, la « nièce » de Fernand Naudin, revoilà le même air qui illustre une libération de la jeunesse : alcool à volonté et baisers volés. Naudin énervé, c’est Raoul Volfoni qui en pâtit.  Une musique comique (même thème au bandjo et au piano) vient agrémenter chaque bourre-pif de Fernand. Les paroles pédantes d’Antoine correspondent bien avec le thème classique, il semble être prétentieux, jouant le « monsieur je sais tout ».
En 1966, il revient avec Ne nous fâchons pas et prend Bernard Gérard pour produire la musique. L’ancien assistant de Michel Magne nous montre son talent avec Rosbif Attack notamment. Un monument ! Une apparition furtive des anglais, et elle y est. En dehors de l’action, des trèves apaisent l’atmosphère, comme la Ballade Romantique qui suit le chemin amoureux du couple Eglantine Michalon et Antoine Beretto. Le point d’orgue musical et sans aucun doute lors de la dernière scène. Akou, morceau venant clore le film, représente autant une libération des mœurs, avec la danse du « jerk », que la résolution des problèmes pour les quatre personnages.

Co-écrit avec Elsa Fardet
Article issu d’un projet intitulé Le Canard qui Rit : journal papier réalisé avec le lycée Saint Sernin (Toulouse, 31) dans le cadre du Festival Zoom Arrière

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